Regards sur la dyslexie

31 Jan

« Guillaume est un enfant peu soigneux, qui ne travaille visiblement pas ».

Cancre, paresseux, brouillon, nul, bon à rien, bête. Voilà ce que beaucoup d’enfants dyslexiques ont entendu durant leurs années de scolarité, tant par l’école que par leurs parents, ignorant de fait, le trouble dont ils souffraient. Pourquoi ?

Parce que si aujourd’hui on sait nommer la dyslexie et la prendre en charge, cela n’était pas le cas jusqu’à encore récemment. Et les troubles qu’elle engendrait étaient apparentés à de la paresse, de la bêtise ou de la non volonté de travailler.

Ce n’est qu’en 1991 que l’OMS a reconnu la dyslexie comme la spécificité d’un trouble du développement des acquisitions scolaires et l’a classé parmi les handicaps.

Remettons donc les points sur les -i et les barres sur les -t : la dyslexie n’a rien à voir avec le quotient intellectuel ou l’intelligence sous toutes ses formes !

Non, votre enfant qui souffre de dyslexie n’est ni idiot, fainéant ou peu volontaire. Il souffre. Parce que la dyslexie, ça fait mal. Ça fait mal dans le regard de l’enfant sur lui-même qui développe une mauvaise estime de soi. Là où les autres réussissent en lecture et en écriture, lui fait face à de sérieuses difficultés. « Si je n’arrive pas à faire ce que les autres réussissent, c’est que je suis bête ».

La première des choses à faire est donc, une fois la dyslexie diagnostiquée, de rassurer l’enfant (et ses parents) sur ses compétences intellectuelles et de lui expliquer de quoi il souffre. Avec des mots simples, sans entrer dans un jargon médical ou spécialisé incompréhensible. Lui dire que tout va bien dans sa tête, mais que le mode de fonctionnement particulier de son cerveau lui fait rencontrer des difficultés supplémentaires qu’il pourra surmonter partiellement ou totalement avec le temps, dans l’apprentissage de la lecture et l’écriture.

La dyslexie peut difficilement être décelée avant les premiers apprentissages du CP et du CE1. En effet, ce n’est pas parce qu’un enfant de 6 ou 7 ans a de la difficulté à lire ou à écrire qu’il est pour autant dyslexique. C’est la persistance de cette difficulté qui devra inquiéter l’enseignant et le parent afin d’engager un bilan pluridisciplinaire. Entendons par là que parce qu’il n’est pas facile de diagnostiquer la dyslexie (les scientifiques eux-mêmes ont du mal à s’entendre sur le sujet), il sera nécessaire de consulter un médecin, notamment pour écarter tout problème d’acuité visuelle, un orthophoniste (logopédiste) et éventuellement un neuropsychologue qui pourra aider à identifier le trouble en appréciant notamment la maturité affective de l’enfant souvent défaillante ou retardée.

La dyslexie est une souffrance complexe qui peut avoir de multiples origines et qui revêt plusieurs formes. La dyslexie de l’un n’est pas la dyslexie de l’autre. Elle ne répond pas systématiquement à un panel de critères prédéfinis. Cependant, on notera le plus souvent un trouble de la lecture dans sa vision globale, une difficulté orthographique, un télescopage de certaines syllabes, des inversions vocaliques, et une difficulté accrue à mémoriser du vocabulaire (par exemple en langues étrangères), malgré un recopiage acharné et complètement vain, de certains mots.

On pourra aussi noter que l’enfant capable de déchiffrer la lecture d’un énoncé prendra plus de temps, et n’en aura pas nécessairement compris le sens, son énergie ayant été complètement focalisée sur la lecture au sens de la reconnaissance des mots. La vision globale de la phrase dans son ensemble est une vraie difficulté. Face à un texte entier, cela devient une montagne insurmontable.

Il va donc falloir apprendre à aider ces enfants souffrant de ce trouble, aide qui sera idéalement mise en place par l’école et par les parents.

L’enfant dyslexique a du mal à gérer son temps, il est parfois distrait et considéré comme lunaire. Sa capacité de concentration est mise à rude épreuve, et l’insistance de certains adultes à lui faire terminer coûte que coûte d’une traite ce qu’il a commencé, peut s’avérer vaine et néfaste.

Il faudra s’armer de patience, de douceur et de compréhension.

La prise en charge précoce de ce trouble par des séances d’orthophonie mais aussi par un regard tiers qui reconnait le trouble, pourra incontestablement mener à une amélioration, voire à une disparition des symptômes.

Pouvoir nommer la souffrance, l’expliquer au corps enseignant et aux parents est une évidence récente.

De plus en plus d’orthophonistes prennent contact avec l’école afin de pouvoir éclairer les enseignants sur les manifestations du trouble et les conseiller, pour aider l’enfant à mieux gérer ses difficultés.

Ainsi, en fonction des symptômes définis et de leur manifestation, il s’avèrera utile, au cas par cas, de prendre le temps de s’asseoir à côté de l’enfant pour l’aider à lire et à comprendre en même temps un énoncé d’exercice, mais aussi….

  • Cibler certaines tâches plutôt que de vouloir faire réaliser l’entièreté du travail demandé
  • Agrandir certains textes ou en changer la police de caractère pourra parfois être d’une grande utilité, ainsi qu’octroyer du temps supplémentaire pour réaliser un travail.

Fractionner le temps de réalisation des devoirs à la maison peut être une solution, le parent pouvant aider sur un temps défini avec l’enfant (pas trop long) à mener à bien la tâche à effectuer, sans faire à sa place.

Le dyslexique aura du mal à mémoriser une explication si elle est intégralement donnée à l’oral ; les supports visuels ou kinesthésiques sont aidants.

Depuis quelques années, l’école a pris conscience de ce trouble et de bien d’autres encore, mais n’est pas toujours armée pour y faire face. Les enseignants n’ont pas été formés sur le sujet et se sentent généralement impuissants. Mais beaucoup d’entre eux ont la volonté d pouvoir apporter une ou des réponses et ont fait la démarche de s’informer, de suivre des stages de formation, ont communiqué avec des orthophonistes, ce qui permet aujourd’hui un regard qui n’est plus jugeant et dévalorisant pour l’enfant, mais tendant vers la bienveillance.

La difficulté à laquelle l’école fait face est le fait que la dyslexie requiert un accompagnement spécifique et que cela n’est pas toujours évident quand l’effectif d’une classe est important. Qui plus est, il est primordial de pouvoir expliquer aux autres enfants de la classe que l’accompagnement dédié à l’élève dyslexique n’est pas de l’ordre du favoritisme mais bien d’un désir d’offrir l’équité.

Quand cela est bien amené, mais sans en faire une affaire d’état, les camarades ont souvent tendance à développer eux-mêmes une empathie naturelle.

N’oublions pas que ce sont les non-dits qui créent les malentendus.

Attention cependant à ne pas présenter la dyslexie comme une maladie, derrière laquelle l’enfant essaiera de se cacher, nourrissant d’autant plus sa souffrance.

Ces enfants, comme tous les autres, ont besoin d’être encouragés pour leur permettre de reprendre confiance en eux, et leur apprendre qu’avec le temps, la patience et l’écoute, la difficulté peut s’estomper, voire disparaître, et ainsi leur permettre d’envisager une vie d’adulte normalement intégré dans sa vie personnelle et professionnelle.

 

En attendant le retour chez l’orthophoniste du CE1 au CM2 : Cahier d’entraînement pour enfants dyslexiques-dysorthographiques

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