Plus grandir

2 Oct

Plus grandir

On se souvient tous des paroles de la chanson de l’éclatante Mylène Farmer, « Plus grandir, j’veux pus grandir, plus grandir pour pas souffrir, plus grandir pour pas mourir ».

Je regarde mes enfants et j’aimerais figer l’instant. Me bercer de l’illusion quelques secondes qu’elles garderont l’âge qu’elles ont aujourd’hui pour encore longtemps. Parce qu’elles ont encore l’âge où elles demandent des câlins à outrance, l’âge où elles disent je t’aime avec la grâce d’un ange, l’âge de l’insouciance, l’âge où la vie apparait comme une grande et belle aventure.

Pourtant ma grande me dit beaucoup ces derniers temps que je dois la laisser grandir. Elle a bientôt onze ans, et dans son apparence tout me fait penser à une toute petite enfant ; à l’intérieur dedans, elle a une maturité qui se développe, une personnalité qui s’affirme, un cœur qui a déjà chaviré d’amour pour un garçon, des émois en tous genres, des étoiles qui brillent et des soleils qui meurent sur la perception de certaines réalités.

L’autre jour elle m’a demandé de venir voir quelque chose dans sa chambre. Elle a soulevé son tee-shirt et m’a dit qu’elle avait senti quelque chose de douloureux dans la poitrine. J’ai tâté et ai senti deux petites billes dures, de grosseur inégale, là, sous ses minuscules tétons d’enfant. J’ai eu la peur de ma vie. Au lieu de reconnaitre ce qu’on appelle les bourgeons de sa future poitrine, j’y ai vu deux petites tumeurs et en un éclair, la mort potentielle de mon bébé. J’ai été terrassée, effondrée au plus profond de moi.

Je me suis trouvée désemparée, désarmée, sans savoir vers qui me tourner. Mon inconscient a su me rappeler à l’ordre et me guider vers l’univers cybernétique de la recherche en ligne. J’y ai trouvé un article, puis un autre, puis encore un autre, qui parlaient de ces deux petites billes dures de taille inégale et qui n’étaient que les premiers signes d’une poitrine qui pousse. J’ai ri à l’intérieur, ri de ma bêtise, ri de savoir que c’était juste la vie.

Comment n’ai-je pas pu me souvenir de cet état que j’ai dû vivre moi aussi et dont je n’ai aucune trace dans ma mémoire ? Je lui ai fait part de mon vertige intérieur et elle s’est moqué de moi en me disant que je n’étais pas au bout de mes peines et que cela serait pire le jour où elle allait tomber amoureuse et me présenter son petit ami.

Quand elle vient se caler contre moi, son petit visage dans mon cou, tel un chaton qui vient chercher l’odeur rassurante de sa maman, je fonds et je prolonge l’instant.

Quand elle lève les yeux au ciel comme si je ne comprenais de toute façon jamais rien, je regarde la petite fille qu’elle a été et est encore un peu, s’envoler. Quand elle ne peut sortir du collège parce qu’elle a oublié son carnet de correspondance et qu’après je ne sais pas quel bus elle a pris et qu’elle n’a pas allumé son portable pour me prévenir, j’ai envie de la passer à la moulinette…et l’instant d’après je la serre contre moi parce qu’elle est là et bien là, vivante dans mes bras. Ma toute petite que j’ai tant de mal à voir grandir.

Quand j’avais dix ans je me souviens que je m’étais dit que je ne voulais plus grandir, que je voulais avoir éternellement dix ans parce que je me sentais légère et que je virevoltais dans ma robe vichy rose devant le miroir.

Grandir, accepter de voir l’enfance s’échapper de ceux qu’on appelle encore ‘mon bébé’ est un passage délicat et non dénué de souffrances. Non pas parce que cela me rappelle que je vieillis aussi, mais parce que c’est aussi savoir et prendre conscience qu’on ne pourra plus protéger son enfant pour toujours de tout, et être dans la capacité de maintenir son innocence.

Plus grandir pour pas souffrir, plus grandir pour pas mourir.

Un jour, mes deux filles seront grandes, adultes, avec des vies dont j’ignore encore les traits, les plus et les moins, les fleuves tranquilles et les rivières agitées.

Elles me disent encore aujourd’hui que quand je serai une vieille mémé, elles demeureront toujours mes bébés et j’aime à croire à cette si tendre et innocente idée. Encore un peu, s’il vous plaît.

Virginie Lammens pour Easy2family.

Un commentaire pour “Plus grandir”


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