Additions, soustractions : Les mathématiques du cœur

2 Sep

Additions, soustractions : Les mathématiques du cœur

Après la séparation vient le temps de le reconstruction. On se rencontre, on s’aime, on s’investit. Familles décomposées, recomposées. Parfois les opérations se compliquent.

Dans la famille de Margot, on a soustrait le père. Parti s’ajouter à une autre tribu. Pourtant Margot aimait cette égalité, cet équilibre. L’opération était juste. Comme à l’école quand la maîtresse valide le résultat de son beau crayon vert.

A présent la famille de Margot est biffée de rouge. Il y a une erreur. Elle se dit qu’on se moquera d’elle. Ses copains d’école lui poseront des questions. :

-Pourquoi ? C’est à cause de toi qu’il est parti ton père ?

Non, Margot ne peut pas y croire. C’est une petite fille sage. Bien sur, papa se fâchait parfois quand elle ne voulait pas dormir. Mais il lui disait toujours qu’il la grondait parce-qu’il l’aimait. Pourtant il est parti. A présent il aime une autre famille, d’autres enfants. Margot n’a pas de réponse. Maman ne veut pas en parler. Elle aussi voit rouge, pour elle aussi il y a une erreur : On ne se soustrait pas ainsi à ses responsabilités !

Margot voit son père un week-end sur deux. Comment les adultes ont-ils calculé ça ? Est ce que c’est assez pour qu’il ne lui manque pas ? Quand ils se retrouvent Papa pose plein de questions sur les semaines passées. Elle a juste le temps de lui raconter. L’école, les soirées seule avec maman. Papa semble gêné quand elle parle de maman. Il change vite de sujet.

Dans cette nouvelle famille, la petite a du mal à se sentir chez elle, à trouver sa place. Pourtant, tout le monde est gentil avec elle . Papa ne la gronde plus jamais, elle peut veiller tard le soir. Elle peut même choisir ce qu’elle veut faire la journée du samedi.

Une seule journée chaque deux semaines pour retrouver celui qui, pourtant, lui manque chaque jour. Ce sont de bons moments. Papa fait tout pour qu’elle s’amuse qu’elle garde le sourire tout le week-end. Margot compte les jours avant de le voir. Ces vendredi là elle à hâte que l’école finisse. Elle se jette dans les bras de son père en sortant, Il la serre fort, lui dit qu’elle lui a manqué. Ils vont se promener tous les deux, manger une glace, voir un film au cinéma, avant qu’il l’emmène s’additionner elle aussi, pour quelques jours, à cette nouvelle famille.

Petit Pierre s’est vu ajouté deux demi-frères, et un beau père.

Des demi-frères ? Pourquoi demi ? Il lui paraissent pourtant bien entiers. Pierre trouve même qu’ils prennent beaucoup de place !

C’est vrai que ça lui fait des copains à domicile pour partager ses jeux. Il y a de bons cotés. Mais partager, c’est souvent diviser et Petit pierre n’a pas encore appris les divisions. Comme ils ont à peu près le même âge, la maison prend parfois des allures de cours de récréation ! Seul face à une fratrie petit Pierre n’a pas souvent son mot à dire sur les activités, mais au moins il ne joue plus tout seul comme avant.

Quant à son beau-père, qui soit dit en passant, n’est pas si beau… C’est une grosse addition celui là !

Les demi-frères s’en vont parfois, pour un week-end ou pour une semaine. Lui, non. Il est toujours là. Il est gentil. Ce n’est pas un papa. Petit Pierre a déjà un papa. Ce n’est pas non plus un copain même si des fois il joue comme un enfant. Petit Pierre l’aime bien. Parfois il joue avec lui et comme il est très fort il peut faire des choses que Maman ne fait pas comme faire l’avion, jouer au foot, ou à la bagarre.

Le soir, Petit Pierre ne peut plus rejoindre sa maman sous la couette et se blottir contre elle pour calmer ses frayeurs ou simplement trouver le sommeil. Il apprend à additionner le moutons, seul à la lueur de sa veilleuse.

Emma et Lou ont ajouté une maison à leur vie. Une maison remplie d’une nouvelle famille avec qui elle partage leur père désormais. Adolescentes, elles connaissent les fractions, partagées entre deux adresses dont aucune ne semble être vraiment la leur.

Ne dit-on pas : « Chez Papa », « Chez Maman » ?

Tout de même, c’eut été bien plus simple qu’elles restent dans la maison de leur enfance et que papa et maman viennent y vivre à tour de rôle. Mais les adultes pensent d’abord à leur confort. C’est normal.

Elles sont pourtant chez elles, elles ont leur chambre respective, leurs affaires dans chaque maison.

Elles ont compris que désormais tout sera multiplié, les anniversaire, Noël, on fêtera tout deux fois. Il y a de bons coté : Les cadeaux aussi sont multipliés.

« Chez maman » il n’y a personne. Juste maman.

Lou a trouvé un jour le petit mot d’un homme dans la chambre de maman. Maman a quelqu’un dans sa vie. Elles ne le connaissent pas, ne le voit pas, maman a choisi de ne pas leur imposer davantage de changements et cela leur convient.

Il faut dire qu’elles ont déjà bien assez de chamboulement « chez papa ». Emma a du mal à reconnaître son père, il semble qu’il ne soit plus le même. Il leur parle moins, les écoute moins. Il impose. Pour être honnête elle n’aime pas trop aller chez lui, enfin… chez eux.

Les adultes appellent cela un conflit de loyauté.

Partagées entre l’amour pour leur père et le manque d’envie d’aller chez lui, Emma et Lou se moque bien du nom que l’on donne à cela.

Leur cœur est simplement coupé en deux par la barre de cette fraction.

Tout à l’euphorie de nos nouvelles vies, nous, adultes, imposons souvent à nos enfants des situations qu’ils n’ont pas choisies.

Prenons un instant de recul et tentons de résoudre avec eux ces équations du cœur.

Philippe de Zaldivar pour Easy2family

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